Soutenances à venir

Thèse(s) programmée(s)

  • Date et heure : 14/10/2022 à 9h30
  • Adresse : UPEC 61 avenue du Général de Gaulle 94010 Créteil Cedex France
  • Résumé : La thèse Apparaître-Le statut de la parole des survivants dans la construction de la mémoire du terrorisme d'État en Argentine s'inscrit à la croisée des domaines de la littérature dite des camps de la histoire du temps présent et de la philosophie politique. Dans les années 1975-1983, plus de 8500 personnes ont été emprisonnées en Argentine pour des raisons idéologiques et politiques. On estime qu'environ en un demi-million les exilés politiques. Un nombre important de personnes ont été tuées et environ 30000 ont disparu. On estime qu'il y a environ 2000 survivants des camps clandestins de détention, de torture et d'extermination (disparition). Une infime partie de ce groupe est constituée de ceux qui ont réussi à s'échapper des camps par leurs propres moyens et à survivre à leurs tortionnaires. Parmi les disparus, 500 étaient des bébés ou des enfants à l'époque. Depuis 1975, la société argentine vit sur les marges de l'expérience concentrationnaire et des conséquences de « la politique du faire disparaître». Dans ce pays la lutte pour la reconnaissance des disparus a été la plus radicale et créative de l'Amérique Latine et a donné lieu au mouvement pour la défense des droits de l'homme le plus puissant et bouleversant de la région. Depuis le procès aux juntes militaires (1985), les demandes de justice et de vérité n'ont jamais cessé. Les répresseurs continuent aujourd'hui à être jugés pour leurs crimes et cela constitue une autre des spécificités du cas argentin. En 2004, l'état démocratique a reconnu sa responsabilité dans la répression et le chef du gouvernement national a demandé pardon à ses concitoyens. Pourtant de nos jours la disparition se conjugue encore au présent: Les absents SONT disparus et les enjeux politico-mémoriels pour établir une mémoire hégémonique de la violence terroriste d'État sont nombreux. Ainsi, une partie importante des mémoires de ceux et celles qui ont vécu la disparition dans le ventre même de la bête est passé sous silence ou reste conditionnée à s'exprimer lors d'une audience au tribunal. Pour survivants et apparus, aux effets de notre recherche de doctorat nous comprenons les anciens détenus disparus, revenants des camps clandestins argentins par la seule décision de leurs tortionnaires. Nous reconnaissons multiples identités des survivants de la politique du faire disparaître. Cela nous conduit à nous demander si une ou des représentations de la disparition sont possibles ou si, au contraire, le c'ur de cette politique fait partie des horreurs indicibles. Est-il possible de revenir de la disparition, de survivre et de raconter la vie dans les « chupaderos», lieu sans loi au-delà de tout langage ?. Est-il possible de trouver un auditoire capable ou désireux d'écouter ce témoignage ? Il y a des mots qui peuvent faire comprendre à la société ce que signifie vivre l'expérience de la disparition puis de la survie? Peut-on entendre les cris de ceux qui y ont séjourné sans les rendre coupables de leur sort ? Le cas argentin dévoile qu'il n'y a pas de crimes et de monstruosités impossibles à raconter; il y a simplement des limites à la parole et des conditionnements idéologico-politiques à l'écoute. Il montre aussi qu'il y a un langage avant la disparition et qu'un autre langage est né avec elle. Raconter l'horreur extrême est une tâche à laquelle les survivants se sont attelés tôt ou tard. Les impératifs contextuels ont été certes peu favorables à la prise d'une parole crue, blessée et avide de reconnaissance. Malgré toutes les limites qu'a trouvées l'expression de la parole des survivants, celle-ci a réussi à exister et la transmission de l'expérience de barbarie répressive est aujourd'hui une réalité. Dans notre thèse, nous avons tenté d'établir les bases théoriques et méthodologiques nécessaires pour montrer comment le témoignage des survivants s'est transformé au fil du temps.
  • Ecole Doctorale : CS - Cultures et Sociétés
  • Laboratoire d'accueil : EA3958 IMAGER - Institut des mondes anglophones, germanique et roman
  • En vue de l'obtention du diplôme de Doctorat en "Langues et littératures étrangères"
  • Directeur de thèse : Maria Graciela VILLANUEVA, PU
  • Rapporteur(s) :

    ERIC FISBACH

    EMILIO CRENZEL

  • Examinateur(s) :

    KARINE BERGES

    GUILLAUME LE BLANC

    DIEGO SIMINI

    FREDERIQUE LANGUE

    GUILLERMO MIRA DELLI ZOTTI

    Maria Graciela VILLANUEVA